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Programme pour l'environnement de Caribes

Rapport technique du PEC No. 41 1998

Rapports techniques du PEC

Le table des matières du rapport

Meilleures méthodes de gestion pour les sources agricoles non ponctuelles de pollution

Rapport dans le format Word | Anglais | Espagnol


SECTION 5. ETUDES DE CAS

5.1 Le Programme pour de meilleures bananes—Mise en place de mesures pour réduire la pollution

En 1992, la Rainforest Alliance, une organisation internationale non lucrative qui développe et encourage des méthodes alternatives économiquement viables et socialement souhaitables pour la gestion des ressources, a élaboré le programme de certification ECO-EK dans le but de favoriser la restriction des impacts préjudiciables à l’environnement de l’agriculture tropicale. Le programme élabore des méthodes pour les cultivateurs, tels que les planteurs de bananes et de café, pour qu’ils puissent être productifs tout en ne causant que des dégâts minimes aux ressources naturelles. L’une des composantes de ce projet est le Programme pour de meilleures bananes. Celui-ci a pour objectif de transformer la production de bananes pour l’exportation de façon à ce que les impacts qu’elle produit sur l’environnement soient minimisés, sans pour cela sacrifier la qualité, les quantités, la sécurité des ouvriers ou les opportunités économiques. Pou parvenir à cet objectif, le programme décerne des «labels d’homologation écologique» aux exploitations agricoles qui adhèrent à une série de normes, lesquelles permettent la promotion de leurs produits comme ayant été cultivés et récoltés dans des conditions ne produisant qu’un impact minimal sur l’environnement.

Les problèmes

Ainsi qu’il a été discuté dans le paragraphe 3.2.1 de ce rapport, il y a une variété de problèmes environnementaux liés à la production des bananes. Ceux-ci incluent l’érosion des terres, l’application inadéquate des pesticides et des engrais, la production de déchets solides et l’élimination inadéquate des débris et le stockage et la manipulation des matières dangereuses. Dans certaines régions la terre doit être drainée pour la production des bananes. Ceci peut conduire à l’érosion des fossés et des canaux, ainsi qu’à des taux excessifs de sédiments dans les eaux réceptrices et finalement dans les eaux a à proximité des eaux côtières. Les pesticides et les engrais, lorsqu’ils sont appliqués incorrectement ou excessivement, peuvent s’écouler durant les chutes de pluie et se répandre dans les eaux réceptrices. Les sacs en plastique utilisés lors du processus de mûrissement sont souvent laissés sur les sols après les récoltes. Ils s’éparpillent à l’extérieur des terres et aboutissent dans les estuaires ou sur les plages. La constatation de ces problèmes et d’autres a conduit au développement d’options à basse technologie et de faibles coûts pour le contrôle de la pollution en provenance des plantations de bananes.

La solution

Une sensibilisation croissante, relative à l’environnement, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, où les consommateurs ont commencé à réclamer des systèmes de production agricole plus soutenus, est à l’origine du Programme pour de meilleures bananes. Le certificat est décerné lorsque les Normes de la production générale (General Production Standarts) pour la production agricole socio-environnementale sont respectées (mises à jour en 1997). L’appendice D contient les normes les plus récentes du Programme pour de meilleures bananes. Celles-ci sont le résultat de la collaboration entre les agriculteurs, les groupes de préservation, les scientifiques et les représentants des gouvernements, et seront périodiquement améliorées comme le justifieront les progrès dans le domaine de l’environnement, les nouvelles technologies et la demande du marché.

Les normes

Des normes furent conçues pour six catégories générales—législation, gestion des ressources naturelles, gestion des cultures, gestion des déchets solides et liquides, éducation à l’environnement et conditions de travail et situation sociale actuelles. Au sein de ces catégories, des sous catégories relatives aux secteurs d’activités et de ressources sont traitées, telles que les zones forestières, les programmes de fertilisation et la gestion du matériel. Des objectifs sont fixés, avec des critères (activités spécifiques) pour atteindre chaque objectif. (Voir appendice D).

Mise en vigueur

Actuellement, 85 producteurs de bananes participent au programme. Par exemple, Plantera Rio Sixaola, S.A., fut la première exploitation agricole qui participa au programme. Chiquita International a mis en place le programme sur toutes ses plantations à Costa Rica et requiert, comme une condition de contrat, que tous les producteurs indépendants deviennent agréés. Parmi les autres compagnies participant au Programme, il y a Banandex en Colombie (13 exploitations agréées), Chiriqui Land Company à Panama (32 exploitations agréées) et COBAL à Costa Rica (29 exploitations agréées). Les activités incluent la plantation des rives des fossés et des rigoles sur l’exploitation pour empêcher qu’elles ne s’érodent, l’enseignement aux ouvriers de méthodes écologiques pour faire pousser les bananes, laisser les coupes de plantes sur les sols au lieu de les évacuer hors des terrains, traiter les eaux usées à la structure d’emballage des bananes et recycler les matières plastiques.

Plusieurs plantations ont de vastes programmes de recyclage des sacs en ficelle qui sont utilisés sur l’exploitation. Les plastiques recyclés sont utilisés de différentes façons, y compris pour faire des «briques» sur lesquelles marcher à l’intérieur de l’exploitation afin d’éviter l’érosion des sols, pour fabriquer des emballages dans lesquels transporter les bananes à l’étranger et pour produire des boulettes combustibles pour l’usine de ciment locale.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter:

Chris Wille, Director
CO-O.K. Certification Program
Rainforest Alliance
Apdo. 138-2150, Moravia
San Jose, Costa Rica
011+ (506) 240-9383
infotrop@sol.racsa.co.cr

5.2 Plan Sierra—Les bénéfices de la diffusion d’informations et de l’éducation

Plan Sierra est une région et un programme sur la pente Nord de la Cordillera Centrale où l’on fait pousser la canne à sucre et le café. Plan Sierra fut créé grâce à une subvention du gouvernement de la République dominicaine en 1979 pour faire face aux besoins de la population pauvre rurale. Il s’agit d’une institution civile autonome qui emploie 400 personnes et reçoit une dotation annuelle du congrès dominicain. Ses objectifs sont les suivants:

  • Créer un projet de démonstration pour gérer l’agriculture dans les hauteurs et l’agriculture montagneuse.

  • Elaborer un mécanisme de coordination pour mettre en relation les institutions de gestion existantes dans le but de traiter les problèmes de la Sierra.

  • Répondre, d’une façon opportune et souple, aux besoins des petites exploitations agricoles.

Plan Sierra a organisé de nombreuses activités dans les domaines du développement des infrastructures, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. La réduction de l’érosion des sols constitue la question principale de l’aspect agricole du programme.

Le problème

Le taux d’érosion dans la République dominicaine est estimé à 300 tonnes/hectare/année (133 tonnes/âcre/année). Plus de la moitié de la topographie est montagneuse et les arbres ont été coupés sur une grande partie des terres, pour être utilisés comme combustible. La création de Plan Sierra fut motivée lorsqu’on a réalisé que les projets de développement hydroélectriques à Haïti étaient en train d’être sérieusement compromis par la sédimentation rapide des réservoirs, résultat de la déforestation massive se produisant dans les régions montagneuses.

La solution

Plan Sierra se consacre à une variété d’activités, y compris la promotion de lopins vivriers à ciel ouvert et écologiquement stables, le reboisement et la gestion soutenue des forêts actuelles, des projets sociaux de sylviculture et la diffusion de systèmes intégrés de cultures vivrières et de café. Le développement et la participation des organisations populaires, la concentration sur le développement des infrastructures, l’expérimentation avec des technologies douces pour de petites cultures soutenues vivrières, la création de plans de crédits, des ventes subventionnées de jeunes plants d’arbres, l’apport d’assistance technique, un programme nourriture-pour-travail pour adopter les techniques de préservation des sols et l’élaboration et l’utilisation de programmes de formation. Plan Sierra organise des visites aux agriculteurs sur les terrains et offre une formation à l’exploitation agricole de démonstration de Los Montones.

Acceptation et réalisations

D’après un sondage auprès des agriculteurs, tous ceux qui ont adopté les mesures de protection des sols sous la tutelle de Plan Sierra ont jugé que leurs exploitations en ont tiré un profit. Généralement, les bénéfices sont sous la forme de récoltes plus importantes, d’une plus grande longévité de l’utilisation des sols, d’une meilleure humidité des sols, du contrôle de l’érosion et de sols plus fertiles. Quatre-vingt quinze pour cent des participants au Plan Sierra utilisaient des techniques de préservation des sols et des ressources hydrauliques, contre vingt-cinq pour cent de non participants. Et une fois adoptées, ces techniques sont constamment utilisées par les agriculteurs ayant participé au plan.

Les formations à la ferme de démonstration de Los Montones ont aussi un impact sur le nombre d’options qu’un agriculteur est prêt à essayer et jouent un rôle important dans la dissémination de techniques d’innovation agricoles et de préservation. Elles permettent aussi de créer des liens plus forts entre les agriculteurs et le Plan Sierra. Les agriculteurs qui reçoivent une formation à la ferme sont plus susceptibles d’utiliser les techniques de préservation des sols et des ressources hydrauliques sur toutes leurs terres plutôt que sur certaines parties de leurs terres; d’utiliser des barrières vivantes; de concevoir que les techniques de préservation des sols et de l’eau sont bénéfiques; et de réaliser que, non seulement ces techniques de préservation des sols et de l’eau améliorent la productivité, mais qu’elles contrôlent aussi l’érosion. Il y a deux fois plus de chances que les méthodes de préservation des sols, telles que le labourage de profil et les terrasses, soient utilisées par les agriculteurs qui ont reçu la visite sur leurs terrains des employés du Plan Sierra et qui ont suivi une formation à la ferme de démonstration de Los Montones que par ceux qui n’ont bénéficié que d’un seul de ces exemples d’assistance offerts par le Plan Sierra.

Une autre réalisation du programme est que les agriculteurs participant au Plan Sierra, lorsqu’ils furent confrontés à des questions ou des problèmes, se sont adressés au personnel du Plan Sierra pour leur assistance, ce qui implique confiance et volonté, de la part des agriculteurs, pour adopter des mesures améliorées pour la préservation des sols. Plus de cinquante pour cent des participants au Plan Sierra attribuent leur connaissance de Plan Sierra aux activités de propagation, et presque la moitié de ces cinquante pour cent estiment que les visites sur le terrain et les formations à la ferme de démonstration de Los Montones constituèrent les sources d’information les plus utiles pour ce qui concerne les méthodes de préservation des sols et de l’eau.

5.3 Améliorations techniques des innovations locales à Haïti

Les petits propriétaires paysans à Haïti ont produit de nombreuses innovations pour les récoltes annuelles, comprenant, entre autres, les suivantes:

  • Zare: de la terre et de la chaume façonnées en de mini-bassins hydrographiques pour retenir l’eau utilisée dans la culture du riz.

  • Sakle en woulo: mauvaises herbes sarclées et disposées en un profil d’arêtes très rapprochées avant de planter.

  • Ramp pay: barrières de débris en relief recouvertes de terre.

  • Kleonaj: clayonnages construits dans des ravins dans le but de retenir les sédiments pour les cultures de bananes, de taros et d’ignames.

  • Bit: bandes sur les courbes de niveaux pour les cultures de patates douces.

Grâce à l’aide de l’assistance technique, ces innovations furent améliorées pour augmenter la rétention des sols.

Les problèmes

A Haïti, la dégradation environnementale et la pauvreté rurale sont extrêmes. Seulement trente-deux pour cent des terres sont jugés cultivables mais plus de soixante pour cent sont utilisés pour l’agriculture. La plupart des collines sont érodées et un tiers des terres est gravement détérioré. Trois causes principales sont responsables de l’érosion des sols et du déboisement dans le pays:

  1. Un accès limité aux ressources de production, par exemple les terres et le capital

  2. Peu d’opportunités d’emploi en dehors des exploitations agricoles

  3. Insécurité sociale et économique

La fragmentation des plantations en de petites fermes individuelles a conduit la population à se déplacer vers des parties de plus en plus montagneuses, à la recherche de terres agricoles. La ferme moyenne à Haïti est trop petite pour pouvoir fournir un niveau de vie minimum et l’agriculture est très intensive, chaque famille essayant de récolter autant que possible. Les paysages dépouillés dans les régions montagneuses ont abouti à une grave détérioration des terres et à l’érosion extrême des sols. Les mesures prises par les petits propriétaires paysans pour la préservation des sols sont inadéquates ou ne sont pas employées sur une échelle assez grande pour ralentir la dégradation des terres. En outre, elles sont généralement employées pour retenir l’humidité et augmenter la production et non pour retenir les sols per se. Les mesures pour la préservation des sols furent introduites par des groupes internationaux, mais ceux-ci se sont attachés à des bénéfices écologiques à long terme ou en aval. Ils n’ont pas réussi à fournir des motivations à court terme que l’agriculteur, à qui on demandait d’utiliser ces mesures, pouvait discerner.

La solution

Les améliorations techniques des méthodes en place comprenaient des techniques végétatives, telles que les haies le long des courbes de niveaux, des clayonnages et des bondes rigoles. Par exemple, les ramp pay furent améliorés en les plaçant le long des courbes de niveaux et en les supportant avec des haies, et les kleonaj furent améliorés en plantant, en aval, des tuteurs vivants et des plantes périnéales. Ces techniques améliorées furent adoptées sur une grande échelle et sont entretenues par les agriculteurs sans primes de rendement extérieures.

Les haies de profil avec Leucaena leucocephala et des bondes rigoles avec Pencaena leucocephala sont spécialement populaires. Les haies sont utilisées pour trois raisons:

  1. Pour supporter la structure des ramp pay et protéger les sédiments qui s’accumulent derrière ainsi que l’humidité qu’ils retiennent.
  2. Pour réduire l’investissement en termes de travail en évitant la reconstruction annuelle de ramp pay une fois qu’ils sont pourris.
  3. Pour fournir du fourrage au bétail durant la saison sèche.

Des centaines de kilomètres de haies ont été plantés depuis leur introduction.

Les innovations locales pour la rétention des sols qui furent améliorées par l’assistance technique ne nécessitent que peu de travail physique et ont généré des gains financiers à court terme pour les agriculteurs qui les ont adoptées. Généralement, les agriculteurs ont réalisé des bénéfices durant la saison pendant laquelle les mesures furent adoptées. L’adoption réussie de ces techniques peut aussi être attribuée au fait qu’elles peuvent être modifiées ou combinées pour satisfaire les conditions spécifiques du terrain du propriétaire et les objectifs de la gestion. Les techniques introduites par les groupes internationaux nécessitent des conceptions complexes qui doivent être respectées pour fonctionner correctement. Les techniques améliorées, qui sont maintenant amplement adoptées par les agriculteurs, fournissent de nombreux avantages au-delà de la rétention des sols - fourrage pour le bétail, bois comme combustible et une production agricole accrue.

Résultats

Une rétention de sédiments, derrière les ramp pay, d’une hauteur de 50 centimètres pendant une saison, est courante. Une étude a montré que la technique améliorée augmentait la production de maïs de 51 pour cent et de sorgho de 28 pour cent durant la première année de leurs utilisations, et de respectivement 22 et 23 pour cent durant la deuxième année. L’étude a aussi établi que la quantité moyenne de terre retenue grâce aux mesures perfectionnées pour la préservation des sols était de 101 tonnes par hectare durant la première année.

La même étude a aussi démontré que toutes les méthodes de préservation des sols utilisées par les agriculteurs ont des avantages. Les bénéfices nets d’une petite exploitation sont augmentés de 100 pour cent en utilisant une des mesures de préservation des sols. Cependant, la combinaison de ramp pay et de haies fut la plus profitable.

Leçons apprises

Les leçons directes de l’acceptation et des bénéfices des innovations locales améliorées pour la préservation des sols sont les suivantes:

  • Des mesures acceptables sont des mesures qui combinent des éléments avec lesquels les paysans sont familiers (ex: ramp ray et haies) et qui sont compatibles avec les autres activités agricoles et sociales.

  • Les mesures doivent être simples et leurs coûts d’investissement doivent être faibles ou inexistants.

  • Pour être adoptées, ces mesures doivent fournir des bénéfices économiques à court terme, habituellement durant la même saison de leurs installations.

  • Les mesures doivent pouvoir être adaptées aux conditions spécifiques du terrain de chaque agriculteur, aux objectifs de gestion et aux préférences. Ces facteurs suscitent un sentiment de possession des mesures lorsque celles-ci sont utilisées sur des fermes individuelles.

  • Les mesures qui réussissent sont celles qui peuvent être adoptées d’une façon séquentielle, à un rythme consistant avec l’acquisition de connaissances et d’un niveau de confort, qui est nécessaire pour faire ces changements, par l’agriculteur.

Le fait le plus important est que les mesures relatives au contrôle de l’érosion à Haïti ont seulement été adoptées lorsqu’elles s’avéraient générer des bénéfices économiques à court terme pour l’agriculteur, et non parce qu’elles permettaient de préserver les sols. La méthode améliorée des ramp pay et des haies a eu du succès parce qu’elle ne nécessitait qu’un investissement faible et que les paysans pouvaient rapidement déterminer s’ils ne perdaient pas leur temps, c’est à dire si des bénéfices économiques étaient visibles durant la première saison d’utilisation.

 

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