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Rapport dans le format Word

Rapport technique du PEC No. 2 1989 Rapports Techniques du PEC

PART III.

POLLUTION MARINE: UNE MENACE AU DEVELOPPEMENT SOUTENU

 

Renforcer la base des ressources

Les écosystèmes marins et côtiers de la mer des Caraïbes et du Golfe du Mexique fournissent une source importante de revenus dont dépendent, directement ou indirectement, des millions de personnes. Les ressources de la frange côtière - plages et récifs de corail - servent de base à une industrie touristique dynamique. Les ressources exploitables en crustacés et en poissons forment la base économique de toute une gamme d'exploitations allant de l’entreprise artisanale jusqu'à celles qui utilisent une mécanisation très poussée et qui approvisionnent les marchés mondiaux. De nouvelles initiatives comme les projets pour les crabes araignées de mer en République Dominicaine et dans les îles Turques et Caïques, et bien qu'i1s soient dans leur phase pilote, pourraient offrir des bénéfices potentiellement importants. Parmi d'autres projets novateurs qui ont été mis en route, on trouve la culture de la mousse de mer à Sainte Lucie, l’élevage des tortues de mer au Suriname, un projet concernant les lambis ou conques royales est en cours aux îles Turques et Caïques, et à l'Institut des Affaires Marines à la Trinité (IMA), on étudie la possibilité d'adapter la crevette indonésienne à un environnement antillais. Pour réussir, ces projets nécessitent tous un environnement relativement non pollué et un cadre institutionnel qui encourage l’innovation et l’expérimentation.


Sources de pollution

La pollution ayant pour origine des activités situées à terre et en mer, ainsi que celles qui proviennent de l’exploitation de gisements de pétrole et de gaz entrave l'exploitation productive des ressources halieutiques et des zones touristiques viables et représente une menace importante pour un développement important soutenu. La pollution marine provient de plusieurs sources à l’intérieur des limites territoriales de la région. Les différents types de contaminants comprennent le pétrole et ses dérivées, les contaminants minéraux y compris ceux provenant des plantes destinées à la transformation minérale, les contaminants urbains et industriels ainsi que les contaminants agricoles.

La pollution marine est présente dans tous les grands ports - La Havane, Kingston, San Juan, Veracruz, Carthagène, Puerto Cabello et Port d'Espagne1. Les sédiments marins retiennent des concentrations importantes de métaux lourds comme le cuivre, le cadmium, le chrome, le plomb, le zinc et le mercure qui s'accumulent à cause des activités d’évacuation des déchets et des pratiques de décharge dans le passé43. Ces sédiments, à la suite du dragage, entrent dans la colonne d'eau, et sont souvent ingérés par les organismes marins, tels que les crustacés. et entrent dans la chaîne alimentaire.

Certaines pollutions marines proviennent d'activités transfrontières et extra - régional es. La nature transfrontière de la pollution marine nécessite une approche régionale et commune pour son évaluation et son contrôle. La difficulté de développer et de mettre en place un système de contrôle et d'évaluation régional requiert une approche intégrée à la fois aux niveaux national et régional.

L'évaluation et le contrôle de la pollution marine dans la région exige une action vigoureuse et importante. Jusqu'à présent, les éléments de recherche et de surveillance ont reçu un soutien important. Le programme CARIPOL pour la recherche et la surveillance de la pollution causée par les hydrocarbures dans la région des Caraïbes est mené avec succès depuis 10 ans11. Cependant, il n'existe pas de base de données similaire pour les autres polluants, tels que les eaux usées et les déchets industriels et agrochimiques.

 

1.    SOURCES TERRESTRES DE POLLUTION

Partout dans la région, les polluants d'origine terrestre dégradent et détruisent les habitats marins proches des côtes, infectant les zones de baignade et provoquant des dangers pour la santé publique. Il y a des preuves de plus en plus nettes selon lesquelles ce type de pollution augmente au fur et à mesure que l’urbanisation dépasse la capacité des infrastructures municipales existantes. En général, le traitement des eaux usées domestiques et les déchets industriels est largement inadéquat. Dans la zone urbaine de Kingston, seulement 36 pour cent des logements sont reliés au système d'égouts municipal. En République Dominicaine environ 15% seulement de la population urbaine est reliée à un système d'évacuation et de traitement des eaux usées. Même quand, dans la région, un réseau d’égouts a été construit, le fonctionnement et l’entretien des usines de traitement, ainsi que la surveillance et l’application des normes ne sont souvent pas satisfaisants.

Au lixiviat provenant du volume croissant des déchets solides qui s'accumulent dans des remblayages mal réalises qui se trouvent souvent dans des marécages intercotidaux, s'ajoute la pollution des; eaux de surface et des eaux souterraines. Les mers de la région des Caraïbes servent de collecteurs aux systèmes de drainage continentaux dont le Mississippi, le Rio Grande, le Magdalène et l’Orénoque. Aux influences de ces systèmes continentaux de décharge s'ajoutent celles du refoulement de nombreux bassins versants des îles des Caraïbes et d'Amérique Centrale, dont 70 pour cent de la superficie déchargent dans les Caraïbes (tableau 2). 11 est donc concevable que des polluants et des sédiments venant d'aussi loin que les Andes et les Grandes Plaines septentrionales d'Amérique du Nord puissent atteindre les estuaires et les baies de la région, des Caraïbes.

La possibilité de contaminer les écosystèmes est encore aggravée par l’augmentation de l’utilisation de produits agrochimiques. Au fur et à mesure que l’agriculture traditionnelle cède le pas à des techniques agricoles qui utilisent de grandes quantités d'engrais artificiels et une large gamme de pesticides, le danger de contamination des eaux souterraines et des eaux de surface, ainsi que la contamination des eaux côtières augmentent proportionnellement.


Déchets industriels

Les déchet générés par le raffinage du sucre et la distillation de l’alcool constituent une source fréquente de pollution. Ces déchets contiennent une grande quantité de résidus solides qui provoquent une demande importante en oxygène ayant comme résultat une détérioration rapide de l’environnement.

Il y a de nombreux exemples qui illustrent le déversement de déchets entraînant souvent l’extermination de poissons. Un massacre de ce genre s'est produit en 1988 dans le Golfe de Paria. Un banc de poissons morts long de 1,6 km et large de 300 m a été signalé par l’Institut des Affaires maritimes de la Trinité qui attribua la mort des poissons à un appauvrissement en oxygène associé à une prolifération d'algues dans le golfe.

Dans un effort de suivre l'exemple des économies des pays industriels et de s'affranchir de la dépendance de l’exportation de produits de base, certains pays de la région ont mis en place des industries lourdes qui sont à l’origine des principales sources de pollution par des produits toxiques. Bien que le contrôle des émissions de beaucoup d'industries de ce type soit strict en Europe ou en Amérique du Nord, il ne peut s'appliquer aux industries de la région. Et même lorsque les lois et les règles sont édictées, il est souvent difficile de surveiller et de faire appliquer activement les normes d'émission dans l’air et dans l’eau.

Accablés par les besoins en traitement d'eaux usées d'origine domestique, les responsables font preuve d'un mépris presque total des dangers que représentent les effluents industriels. A des degrés différents, les usines chimiques, les procédés de récupération des batteries automobiles, les usines de placage métallique, les raffineries de pétrole, les imprimeries, les établissements de nettoyage à sec et les hôpitaux produisent tous des déchets non-biodégradables extrêmement toxiques qui s'infiltrent dans les eaux souterraines et dans les eaux de surface ou sont directement déversés dans la mer. Des produits chimiques toxiques comprenant des chromates, du zinc et des cyanures; issus des opérations de galvanisation prés de Belize ont provoqué l’extermination de poissons au cours des années passées. Etant donné que les programmes de manutention, de stockage et d'évacuation des déchets chimiques radioactifs et toxiques sont inadaptés, cet exemple pourrait se répéter partout dans la région.

Il n'y a, presque sans exception, pas de respect réel des mesures pour le pré-traitement des déchets industriels et des eaux usées domestiques avant leur déversement dans les égouts municipaux ou directement dans des plans d'eau. Parmi les plus gros pollueurs, on trouve des industries d'Etat ou gérées par le secteur public, fait qui entraîne des problèmes particuliers pour les Ministères ou les agences gouvernementales chargées de faire appliquer les normes sur l’environnement. C’est un problème urgent aussi bien pour les larges zones urbaines continentales que pour les gouvernements des Etats et Territoires insulaires des Caraïbes.

 

2. ACTIVITES MARITIMES

Alors que les sources de pollution terrestres menacent sérieusement l'environnement marin, les activités maritimes et de transport par voie de mer ont aussi provoqué des problèmes de pollution marine. Les déversements d'hydrocarbures, le délestage, le dégazage et les manoeuvres portuaires ont contaminé les écosystèmes marins et côtiers dans beaucoup d'endroits de la région. De plus, l'exploration et l'exploitation des ressources des fonds marins créent de graves problèmes dans les zones riches en hydrocarbures.

La région des Caraïbes est potentiellement l’une des zones les lus vastes pour la production du pétrole dans le monde. L’industrie du pétrole, à elle seule, génère 70% du revenu national du Vénézuela, est indispensable à l’économie de Trinité-et-Tobago, du Mexique et des Etats américains riverains du Golfe du Mexique. En plus de la production de pétrole, un trafic constant de Pétroliers transporte environ 5 millions de barri1s de pétrole chaque jour à travers la région12. Le mouvement des navires dans le Canal de Panama est parmi les plus importants du monde. Les pétroliers qui empruntent les couloirs maritimes limités et passent dans, le voisinage de nombreux ports, font augmenter les possibilités d'accidents de navigation. Environ 50 pour cent des déversements d'hydrocarbures, proviennent des mouvements, locaux de pétroliers et des dégazages.


Effets de la pollution marine

Les mammifères marins, les poissons, les oiseaux et les coquillages sont tous sévèrement touchés par la pollution par les hydrocarbures46. Le goudron de lavage des ballasts qui flotte à la surface est ingéré par les tortues vertes, les carettes, les cahouanes et les tortues de Kemps-Riddey. Ce goudron ingéré par les tortues reste pendant des jours dans leur système digestif. La mangrove qui subit des pollutions chroniques par les hydrocarbures régulières montre des signes de défoliation et d'évolution fatale. Les hydrocarbures aromatiques et les carbures paraffiniques sont consommés et dégradés par les poissons et les crustacés; les huîtres, les moules et autres mollusques lamellibranches séparent les hydrocarbures de la colonne d'eau mais ne semblent pas être capables de métaboliser ces composés. Des hydrocarbures pétroliers ont été découverts dans des huîtres qui provenaient des lagons côtiers mexicains et des baies de Buzzards et de Galveston au Texas, sites régulièrement pollués par des marées noires ainsi que par des déversements causés par des opérations portuaires et par le déchargement des pétroliers.

Les côtes exposées au vent, dans les îles et les continents de la région ont des plages extrêmement polluées4. De nombreuses plages des Caraïbes présentent des concentrations moyennes de goudron supérieures à 100gIm de côte, ce qui les rendent virtuellement impropres à une utilisation pour les loisirs. D’autres plages sont totalement inutilisables - Curagao, Bonaire et Grand Caïman entrent dans cette dernière catégorie. La situation à Grand Caïman est particulièrement pénible car l'économie de cette île dépend énormément du tourisme et n'a aucune industrie pétrolière locale.

Les illustrations 2, 3 et 4 montrent la distribution géographique des formes les plus évidentes d'hydrocarbures qui se trouvent dans la région des Caraïbes: les hydrocarbures dissouts et/ou dispersés (H.D.D.), le goudron sur les plages; et des boules de goudron en suspension qui pourraient éventuellement atteindre la côte.

Les activités; de forage, qu'elles soient en vue de l'exploration ou de l'exploitation, introduisent souvent des corps étrangers dans l'environnement marin. L’exploration pour le pétrole, le gaz et les ressources minérales nécessite inévitablement le déversement des matériaux tirés des fonds marins au cours des opérations de forage. L'exploitation du pétrole et de ses dérivés est souvent accompagnée de fuites et de débordements qui se produisent au cours de l'extraction, le chargement des navires ou l’alimentation des oléoducs.

Des matériaux non biodégradables, tels que les plastiques et les filets de pêche faits de matériaux synthétiques contribuent également à la pollution marine dans la région i0j. Ces débris marins, qui proviennent essentiellement des pratiques de déversement des déchets sur les bateaux, mais aussi de l’évacuation sur terre, constituent une menace aux espèces marines de grande valeur et au tourisme. Les mammifères marins et les poissons peuvent être pris au piège dans des débris marins ou les avaler, provoquant des blessures ou leur mort. En ce qui concerne le tourisme, les visiteurs sont souvent confrontés à des débris échoués sur les plages ou en suspension dans les récifs coralliens, et les zones de baignade.

 

Illustration 2: Concentration/situation moyenne de goudron sur les plages (en grammes par mètre)

Concentrations moyennes, en grammes par mètre, de goudron sur les plages de chaque site échantillonné dans le programme du CARIPOL pour la surveillance de la pollution par les hydrocarbures. La Concentration moyenne pour chaque site échantillonné est représentée par un cercle grisé.

SOURCE: Réf. 19

 

Illustration 3: Concentration/situation de goudron en suspension (milligrammes par m2)

 Concentration moyenne, en milligrammes par mètre carré, de goudron en suspension pour chaque carré d’un degré de côté pour lequel le CARIPOL, possède des données. La concentration moyenne pour chaque carré est représentée par un cercle grisé au milieu de celui-ci. Certains cercles apparaissent donc sur fond de terre.

SOURCE: Réf. 19

 

Illustration 4: Concentration/situation moyenne d’hydrocarbures, dissouts et1ou dispersés (H.D.D.) (microgrammes par litre)

Concentration moyenne en microgrammes par litre, d’hydrocarbures dissouts et1ou dispersés (H.D.D.) pour chaque carré d’un degré pour lequel le CARIPOL possède des données. La Concentration moyenne pour chaque carré est représentée par un cercle grisé du milieu de celui-ci. Certains cercles apparaissent sur un fond de terre.

SOURCE: Réf. 19

 

3. MOUVEMENT TRANSFRONTIERE ET DEVERSEMENT DES MATERIAUX DANGEREUX

Des réglementations de plus en plus sévères relatives au déversement des déchets toxiques dans des pays industrialisés pourraient entraîner le transport de ces matériaux vers des sites de déversement à l’intérieur de la région des Caraïbes44. Un incident récent a été signalé par le gouvernement Haïtien quand un navire enregistré internationalement a déchargé des cendres prés de la ville côtière des Gonaïves. Ces cendres contiennent souvent des métaux lourds et d'autres substances toxiques qui, non seulement dégradent la qualité des ressources de base, mais aussi s'accumulent dans les organismes consommes par l'homme, provoquant en conséquence, un danger pour la santé.

Des preuves du transport transnational de déchets toxiques devant être évacués à l’intérieur des Caraïbes ont rendu plus urgent le besoin d'un protocole sur ce sujet récent et particulièrement controversé. En abordant ce sujet, une attention particulière doit être apportée à faire la différence entre les mouvements de matières de rebut comme le papier de rebut, les métaux et d'autres matériaux recyclables et/ou des sources de produits pétroliers usages et des matériaux connus pour être toxiques et/ou radioactifs.

Un certain nombre de gouvernements de la région ont été contactés par des entreprises qui cherchaient à créer de tels sites à l’intérieur de leurs frontières moyennant souvent de fortes sommes d'argent. Cette situation est surveillée par l’Organisation des Etats américains (OEA), l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), et l'Association Caraïbe pour l’environnement (ACE), et la coopération des Etats membres signataires de la Convention de Carthagène lui est acquise. Le sérieux avec lequel cette question est abordée est une motivation supplémentaire pour un examen dans les plus brefs délais, par les Etats signataires, de la rédaction d’un projet de protocole relatif au déversement dans le cadre de la Convention de Carthagène.

La COI, FOMI et le PNUE ont entrepris un effort commun de coopération dans des domaines techniques afin de renforcer les capacités institutionnelles existantes pour faire face à la gestion des déchets. Des recommandations spécifiques ont été faites à ce sujet lors d'un séminaire qui s'est tenu à Mexico en septembre 1987.

Il faut admettre avec honnêteté que beaucoup de pays à travers le monde déchargent en mer une partie de leurs déchets, y compris des matériaux dragués et des substances dangereuses. En ce qui concerne la région des Caraïbes, on dispose de très peu d’informations sur le déversement volontaire des déchets dans l’océan, la nature de ces déchets, ainsi que la fréquence et la situation de ces évacuations.

 

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